La philo n’est pas mal non plus. Malheureusement, elle est comme la Russie : pleine de marécages et souvent envahie par les Allemands.
Roger Nimier, « Le Hussard bleu »
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La philosophie
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Glenfarclas 21
Offerte récemment par mes trolls domestiques, cette expression de la distillerie Glenfarclas se pare de profonds reflets, tantôt ambre, tantôt vieil or. Le nez est intense, riche en arômes de sherry, de fruits mûrs, de muscade et d’amande avec de légère notes d’agrumes. La bouche qui possède une attaque corsée, fumée, avec quelques notes de tourbe évolue lentement vers le fruité caractéristique de Glenfarclas. Encore un peu de fumée, un soupçon de chocolat et une touche boisée très élégante en finale. Décidément un de mes malts « fétiches ». Mérite largement un deuxième dram, j’y retourne donc…
Cote :
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Le règne des rats
« Quelles bizarreries ne trouve-t-on pas dans une grande ville, quand on sait se promener et regarder ? La vie fourmille de monstres innocents. » La lecture de ces quelques lignes tirées des Petits Poèmes en prose de Baudelaire me ramène en mémoire le souvenir du fantôme perdu dans un pardessus délavé, pieds nus dans des godillots, cheveux ébouriffés, regard habité, qui par un froid matin d’hiver m’a prophétisé la venue du « règne des rats ».
La misère nous désarçonne quand elle n’a pas le bon goût de rester à distance, quand, par surprise, elle nous saute à la gorge. Le plus souvent, nous détournons le regard, nous pressons le pas et ravalons notre mauvaise conscience. Ce jour-là, dans une ruelle déserte, j’ai écouté un de ces « monstres » égrener le chapelet de ses échecs. Et, lorsque je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour lui, il m’a répondu : « Tu t’es arrêté, ce n’est déjà pas si mal. Je peux me passer d’à peu près tout si un regard croise le mien, de temps en temps. »
Depuis, lorsque le dégoût, la gêne ou l’indifférence me guette, je mets ma prière dans le cri du poète :
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Le paradoxe du Mal
L’existence du mal n’a cessé de hanter la chrétienté et on sait le parti que l’athéisme contemporain a su en tirer… Que me disent, en effet, de nombreux jeunes, sinon ce que Camus, après tant d’autres, criait dans la Peste ? Un enfant agonise dans les pires souffrances et le P. Paneloux, pris d’un vertige d’horreur, ne trouve rien à répondre à ceux qui le somment de rendre compte de ce scandale. Comment un Dieu dont on se plaît à célébrer l’infinie bonté peut-Il vouloir ou seulement tolérer cette horreur ? Ceux qui sont familiers de l’œuvre de Dostoïevski savent que c’est également l’argument, unique autant que décisif, d’Ivan, dans sa conversation avec le pur Aliocha. En bref, l’existence du Mal suffit à infirmer jusqu’à l’idée de Dieu. Se rappelle-t-on la réponse d’Aliocha ? Au lieu de discourir, d’argumenter, il se lève, blême d’épouvante, pour baiser la bouche de son aîné. Ce serait aussi la réponse que je voudrais faire au jeunes qui me sont confiés, si je ne craignais de les conforter dans le sentiment qu’il n’existe aucune réponse à cet argument-là et que, devant l’innocent sacrifié, le chrétien ne peut que se taire, accablé. Or, Aliocha garde le silence non par impuissance, mais par secrète terreur, conscient que ce domaine, celui du Bien et du Mal, plonge dans le plus insondable mystère, celui-là même qu’il fut ordonné au premier homme de ne jamais vouloir percer.
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Un « moi » pas très costaud
L’avantage d’avoir un « moi » pas très costaud, à la force duquel on n’a pas accompli grand-chose, c’est qu’on ne s’y attache pas trop.
Emmanuel Carrère, Le Royaume
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Cri d’enfant
Quelques mots abandonnés ce matin sur un quai de la gare d’Ottignies : « Douce mélodie… Cri d’enfant bercé par les murmures du vent. »
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L’aveu
Il y a toujours eu une pudeur à parler des choses profondes. Sentiments où se mêlent la crainte et l’amour de ce qui, au-delà de nos vies, dans le tréfonds de l’être, nous fait vivre. On a peur de froisser un secret, de ternir une fraîcheur, de porter atteinte à une intégrité. Une certaine qualité d’âme s’évapore lorsqu’on y touche. Une densité du cœur se dilue lorsqu’on l’expose à tout venant. L’homme a besoin d’échapper à autrui et de s’échapper à lui-même pour exister vraiment. Il lui faut en son centre une réserve d’inconnu, d’inexploré, pour ne pas courir le risque d’être vidé de soi. Tel un puits, il a la hantise de tarir.
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Un célèbre rabbi hassidique
Un célèbre rabbi hassidique du nom de Zousia a dit : ‘Quand je me présenterai au tribunal céleste, il ne me sera pas demandé pourquoi je n’ai pas été Abraham, Jacob ou Moïse. Il me sera demandé pourquoi je n’ai pas été Zousia.’
Élie Wiesel, Célébration hassidique